Histoire

Quand Saint-Cyprien était le quartier des gitans

Une rive gauche pauvre et populaire

Au XIXe siècle, Saint-Cyprien demeure un quartier pauvre de Toulouse, et abrite la plus importante communauté gitane de la ville. On ne le croirait pas aujourd’hui, mais Saint-Cyprien n’a pas toujours eu bonne réputation. Longtemps la rive gauche de Toulouse est restée habitée par une population pauvre, au contraire des quartiers bourgeois de la rive droite. De fait, au XIXe siècle, la plus importante communauté gitane de la Ville rose réside à Saint-Cyprien.

L’émeute anti-gitane de 1895

Ceci ne va pas sans heurt comme en témoigne l’émeute de septembre 1895. Les Toulousains du centre-ville débarquent alors dans le quartier, armés de torches et de gourdins, et défoncent les maisons des gitans. Ceux-ci ont fort heureusement quitté les lieux avant leur arrivée. La raison de cette émeute est une bagarre entre un gitan, Paul Baptiste, surnommé Rabé, et un ouvrier au cours d’un bal sur la place du Capitole. Après avoir crevé l’œil de son adversaire, Rabé s’enfuit. Les amis de l’ouvrier voient rouge. Pour eux, il est évident que les gitans doivent payer. Et qu’importe si Rabé lui-même ne leur tombe pas entre les mains.

L’État des gitanos

Peu après, les autorités établissent « l’État des gitanos ». Il ne s’agit ni plus ni moins que d’un fichage de l’ensemble des gitans vivant dans la Ville rose. On y détaille leurs caractéristiques physiques, leur moralité et leur réputation. Si cette décision n’est guère glorieuse pour Toulouse, il n’en demeure pas moins que les émeutiers sont arrêtés et inculpés. Quant à Rabé, il est livré à la police par deux autres Gitans qui refusent l’amalgame et souhaitent le retour au calme. Il sera condamné à trois ans de prison ferme pour coups et blessures. Malgré tout, les familles gitanes de Saint-Cyprien finiront par s’assimiler au reste de la population toulousaine. Leurs noms seront même francisés.

Affrontements quartier Saint-Cyprien en 1895


L’émeute au domicile du gitan “Rabé” en 1895

Texte : Viviane Bergue
Illustrations : Libres de droits